La Fin de l’Impérialisme Américain, vers un Monde Multipolaire

On peut donner plusieurs définitions du mondialisme. Je partage celle de Michel Drac : Dans l’Histoire les mondialismes se sont succédés, mais avec un point commun. Ce sont des idéologies de cautionnement de l’impérialisme de la puissance principale dans un système donné. Si cette puissance arrive à dissoudre les frontières, et se sachant la plus puissante elle pense arriver à structurer les autres, en amont surdéterminer leurs actions, et ainsi les conquérir en les embrassant.

Depuis des années, la puissance mondiale numéro un étant encore les Etats-Unis, le mondialisme est américaniste mais pour encore très peu de temps. Ce mondialisme américain est un faux-nez car la véritable force agissante derrière cette représentation est l’impérialisme. On a raison de dénoncer ce mondialisme mais les responsables sont les acteurs qui contrôlent jusqu’à aujourd’hui les Etats-Unis et qui se trouvent pour une part assez faible aux US mais aussi dans le reste du monde. Il est donc fondé de parler d’impérialisme.

Pour la première fois l’empire est réellement global, anglo-saxon couplé à Israël, et qui a démarré avec l’Angleterre. Les autres empires de l’Histoire, Rome dans le bassin méditerranéen, la Chine ou l’inde étaient des empires régionaux. Cette fois l’empire règne sur un monde grand comme la planète.

Les dirigeants de cet empire ont cru, de façon erronée, pouvoir fabriquer un empire au 21ème siècle qu’ils appelaient américain, lors de la chute du mur de Berlin et le déclin de l’URSS. Zbignew Brzezinski voulait mettre à genoux la Russie ce qui aurait enlevé à la Chine son allié militaire. On connaît que le livre « le grand échiquier » de l’époque a été suivi récemment du livre du même auteur « l’échiquier brisé ».

Ce principal architecte du plan de Washington pour gouverner le monde a abandonné le régime et a appelé l’Establishment Américain à avoir des liens avec la Russie et la Chine.

Alors que l’article de Zbigniew Brzezinski dans le journal The American Interest intitulé « Vers une réorientation globale » a été largement ignoré par les médias, il montre que les membres puissants de la mise en place de politiques ne croient plus que Washington prévaudra dans sa quête pour imposer l’hégémonie américaine au Moyen-Orient et en Asie. Brzezinski, qui était le principal promoteur de cette idée et qui a élaboré le plan pour l’expansion impériale dans son livre de 1997 Le Grand Echiquier: Primauté américaine et ses impératifs géostratégiques, a fait volte-face et a appelé à une révision dramatique de la stratégie. Voici un extrait de l’article dans l’AI : « Comme son ère de domination mondiale se termine, les États-Unis ont besoin de prendre les devants dans le réalignement de l’architecture globale de puissance. Cinq vérités fondamentales concernant la redistribution émergente du pouvoir politique mondiale et l’éveil politique violente au Moyen-Orient signalent l’arrivée d’un nouveau réalignement global. La première de ces vérités est que les États-Unis sont encore politiquement, économiquement et militairement l’entité la plus puissante du monde, mais, compte-tenu des changements géopolitiques complexes dans les équilibres régionaux, ils ne sont plus la puissance impériale du monde entier.» (Vers un réalignement mondial, Zbigniew Brzezinski, The American Interest)

« Plus le pouvoir impérial à l’échelle mondiale », les Etats-Unis ? Comparez cette évaluation à une déclaration de Brzezinski faite des années plus tôt dans le grand Échiquier quand il a affirmé que les États-Unis étaient le « pouvoir suprême dans le monde. »

« … La dernière décennie du XXe siècle a été témoin d’un changement tectonique dans les affaires mondiales. Pour la première fois, une puissance non-Eurasie a émergé non seulement comme un arbitre clé des relations de puissance eurasienne mais aussi en tant que puissance primordiale dans le monde. La défaite et l’effondrement de l’Union soviétique était la dernière étape dans la montée rapide d’une puissance de l’hémisphère occidental, les Etats-Unis, en tant que seul et, en effet, la première puissance véritablement mondiale »(« Le Grand Echiquier. Primauté américaine et ses impératifs géostratégiques, « Zbigniew Brzezinski, Basic Books, 1997, p. xiii)

Voici plus de l’article paru dans l’AI : «Le fait est qu’il n’y a jamais eu de véritable puissance mondiale dominante jusqu’à l’émergence de l’Amérique sur la scène du monde … .. La nouvelle réalité mondiale décisive était l’apparition sur la scène mondiale de l’Amérique comme en même temps la plus riche et militairement le joueur le plus puissant. Pendant la dernière partie du 20e siècle, aucun autre pouvoir n’est même venu proche de cela. Cette époque est maintenant à sa fin ».(AI)

Mais pourquoi « cette époque est maintenant à sa fin » ? Qu’est ce qui a changé depuis 1997 quand Brzezinski faisait référence aux États-Unis comme le « pouvoir suprême du monde » ?

Brzezinski souligne la montée de la Russie et la Chine, la faiblesse de l’Europe et le « réveil politique violent parmi les musulmans postcoloniaux », comme les causes immédiates de ce revirement soudain.

Ses commentaires sur l’islam sont particulièrement instructifs en ce sens qu’il fournit une explication rationnelle pour le terrorisme plutôt que le passe-partout typique du gouvernement à propos de « haïr nos libertés.» À son crédit, Brzezinski voit l’éclatement de la terreur comme le « jaillissement des griefs historiques » à partir du « ressenti profondément du sentiment d’injustice » non pas comme la violence aveugle de psychopathes fanatiques.

Naturellement, dans un court article de 1500 mots, Brzezniski ne peut pas couvrir tous les défis (ou menaces) auxquels les États-Unis pourraient faire face à l’avenir.

Mais il est clair que ce pourquoi il est le plus inquiet est le renforcement des liens économiques, politiques et militaires entre la Russie, la Chine, l’Iran, la Turquie et les autres pays d’Asie centrale.

Ceci est son principal sujet de préoccupation, en fait, il a même anticipé ce problème en 1997 quand il a écrit L’Échiquier. Voici ce qu’il a dit:

« Désormais, les États-Unis pourraient devoir déterminer comment faire face aux coalitions régionales qui cherchent à pousser l’Amérique de l’Eurasie, menaçant ainsi le statut de l’Amérique en tant que puissance mondiale.» (P.55)

« … Pour le mettre dans une terminologie qui nous ramène à l’âge plus brutal des anciens empires, les trois grands impératifs de la géostratégie impériale sont de prévenir la collusion et maintenir la dépendance de la sécurité parmi les vassaux, pour garder tout souple et protégé, et de tenir les barbares éloignés de s’allier ensemble. » (p.40)

«… Prévenir la collusion … parmi les vassaux.» Tout est dit, non ?

La politique étrangère irresponsable de l’administration Obama, en particulier le renversement des gouvernements en Libye et en Ukraine, a considérablement accéléré le rythme auquel ces coalitions anti-américaines se sont formées. En d’autres termes, les ennemis de Washington ont vu le jour en réponse au comportement de Washington.

Le président russe Vladimir Poutine de la Fédération a réagi à la menace croissante d’instabilité régionale et à la mise en place des forces de l’OTAN sur les frontières de la Russie par le renforcement des alliances avec des pays sur le périmètre de la Russie et du Moyen-Orient. Dans le même temps, Poutine et ses collègues dans les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont mis en place un système bancaire alternatif (Banque BRICS et AIIB) qui finira par remettre en question le système du dollar dominé qui est la source US puissance mondiale, ou même celui des DTS. Voilà pourquoi Brzezinski a fait un rapide 180 degrés et abandonné le plan de l’hégémonie américaine ; parce qu’il est préoccupé par les dangers d’un système fondé sur le non-dollar résultant parmi les pays en développement et non alignés qui remplaceraient l’oligopole des Banques centrales.

Si cela arrive, alors les Etats-Unis vont perdre leur emprise sur l’économie mondiale et le système de l’extorsion dans lequel sont échangés les greenbacks pour les biens et services de valeur touchera à sa fin. Cela arrive en ce moment et c’est accéléré avec la perte des pétrodollars et la mise en place des DTS.

Brzezinski fait dans Chessboard 14 ans plus tôt : « Pour l’Amérique, le prix géopolitique principal est l’Eurasie … (p.30) … .. L’Eurasie est le plus grand continent du monde et est géopolitiquement axial. Une puissance qui domine l’Eurasie contrôlerait deux des trois régions les plus avancées et économiquement productives du monde. … 75 pour cent des habitants de la planète vivent en Eurasie, et la plupart de la richesse physique du monde est là aussi, à la fois dans ses entreprises et sous son sol. L’Eurasie représente 60 pour cent du PNB mondial et environ les trois quarts des ressources énergétiques connues du monde «  . (p.31)

Les objectifs stratégiques sont que Brzezinski a fait une correction de cours basée sur l’évolution des circonstances et de la résistance croissante aux Etats-Unis du fait de l’intimidation, de la domination et des sanctions. On n’a pas encore atteint le point de basculement de la primauté US, mais ce jour approche rapidement et Brzezinski le sait.

Brzezinski présente un plan rationnel, mais égoïste de minimiser les conflits futurs, éviter une conflagration nucléaire et de préserver l’ordre mondial.

De la même façon que l’impérialisme qui a tiré les ficelles des Etats-Unis admet le souverainisme pour le discréditer dans 10 ou 20 ans, les impérialistes sont maintenant directement associés au bloc Asean de la Chine, l’Inde, la couronne asiatique et la Russie. À mon sens l’Europe va suivre à terme et rejoindre ce bloc avec une stratégie Paris-Berlin-Moscou.

Algarath

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4 commentaires sur “La Fin de l’Impérialisme Américain, vers un Monde Multipolaire

  1. J’avais lu l’article sur le nouveau livre de Zbig.
    Il sait que le vent a tourné.
    Donc il réajuste son analyse et les perspectives.

    La City a choisi l’Eurasie.
    Et laisse les USA à leurs problèmes internes.

    Oui, JP a raison quand il écrit
     »À mon sens l’Europe va suivre à terme et rejoindre ce bloc avec une stratégie Paris-Berlin-Moscou ».

    Regardez l’actu.
    Juncker dit qu’il ‘faut prendre en compte la Russie en respectant son importance’.
    On parle de supprimer les sanctions antirusses. Même si les copains d’Obama et de l’establishment US à Berlin veulent les accentuer.

    L’échiquier glisse et bascule…

  2. Cela m’intrigue de voir les articles sur Goldman Sachs dans Le Point et Le Figaro.
    On doit aussi en trouver dans L’Express et consorts.
    On a l’impression que leur insistance n’est pas neutre.

    Esprit de revanche des soutiens de l’establishment US ?
    ***
    C’est mon impression et je voudrais l’avis de JP.
    ***

    Il faut noter que Trump ne se cache pas de choisir comme équipe les copains dans les mêmes cercles financiers violemment critiqués par lui pendant la campagne.

    Pour ceux qui voulaient  »assécher le marigot » drain the swamp, c’est raté.
    Goût amer d’avoir été arnaques.
    C’était Noël en novembre…
    Bon, on leur promet de faire revenir au pays les emplois industriels avec un taux d’IS à 15%, du protectionnisme et des subventions.
    Sinon Trump menace de rétorsions et vengeances les industriels qui ne seront pas patriotes.

    Pourtant c’est chaque fois notre ami et ‘grand bienfaiteur de l’humanité’ Rothschild qui est toujours gagnant. Certes, maintenant il veut tout le gâteau alors qu’avant il le partageait avec l’establishment US qui se sent floué.

    Entre banksters, on se fait des petites vacheries et embrouilles ?

    Je croyais que seul le troupeau pouvait être tondu.
    Les américains du clan des copains de Killary n’aiment pas être piégés ?
    Expérience nouvelle et douloureuse à vivre ?

    Bienvenus au club ?

  3. Le Pizzagate va les calmer les élites US qui n’auraient pas compris que c’étaient fini pour elles. Alors qui c’est les plus forts ?

  4. @ kimi :

    Berlin et Moscou ont-ils besoin de Paris ?

    Ou comme fourgon à bagages… au mieux, wagon restaurant… sleeping-car…

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