Les Enquêtes du Commissaire Kaliski (6)

14.

Le Pacha était manifestement heureux que les codes étaient en notre possession. Je me trouvais dans son bureau dès 7 heures du matin le lendemain de mon retour de Montréal. Il était toujours dans son burlingue, le vieux. À croire qu’il y dormait, ce qui était la légende qui circulait dans les couloirs de la grande maison.

  • Ñ Jean, mon cher ami, félicitations. Travail superbe !
  • Ñ Nous avons eu de la chance, Monsieur.

— La chance ça fait partie de la vie mon cher Jean. Savez-vous que je ne travaille jamais avec les gens qui n’ont pas de chance ? Je les vire, comme Talleyrand le faisait sous Napoléon. Pour revenir à notre affaire il convient de vous rendre dès aujourd’hui en Suisse pour récupérer l’or.

— Pensez-vous qu’il soit nécessaire que j’y aille aussi ?

— Nécessaire ? Mais oui ! Tout à fait. C’est même indispensable. C’est votre affaire. Et je sais que vous aimez les traiter jusqu’au bout, comme moi d’ailleurs. Quand on délègue on a parfois des surprises.

— Bien Monsieur, je me mets en route dès à présent.

— Allez-y avec l’inspecteur Foculini et Laura.

— Laura doit aller à Roissy pour réceptionner Maurice Échevin dans les prochaines heures.

— D’accord. Alors qu’elle reste. Je vous envoie dès demain un fourgon blindé à la Banque suisse, qui rapatriera les fonds en France. Ils seront conservés dans une banque parisienne choisie par les héritiers des personnes spoliées. Ils seront contactés dans la journée via le Consistoire Juif, maître d’œuvre dans cette affaire, ce qui est bien normal. J’ai prévenu le Ministre qui attend, avant de rendre compte au Président de la République en personne, que l’or soit en sécurité sur le territoire national.

— Bien Monsieur. Nous nous mettons en route sur l’heure.

Le temps de récupérer mon adjoint et nous prenions la route. Direction, Genève.

J’avais donné rendez-vous au commissaire Cutilaz, le flic suisse qui avait appelé la banque pour moi il y a quelques jours pour se renseigner sur les salles blindées. C’est ma conception du renvoi d’ascenseur. Normal non ? Il m’avait aidé en début d’enquête et il avait mérité d’être là pour partager le succès. J’ai tellement rencontré des pourris qui exigent que les autres se défoncent pour eux et qui tirent les couvertures à eux en s’appropriant le mérite. Les mêmes enfoirés te mettent tout sur le dos si ça rate.

Nous nous étions retrouvés dans la luxueuse salle d’attente de la banque, devant un café et aussi devant le directeur de la banque. Il était suisse lui aussi, il n’y avait pas à se gourer. Il nous salua courtoisement.

— Eh bien ! On va enfin savoir ce qu’il y a dans cette fameuse salle blindée. Mais avant tout une petite formalité, voyons ces codes.

Je lui fis voir le code du compte, qu’il examina avec soin, comme tout suisse qui se respecte.

— Excellent ! Le numéro de compte est correct. Il n’y a plus qu’à aller dans les sous-sols blindés et vous ferez le second code pour ouvrir la porte. Pour votre information, la porte elle-même pèse deux tonnes. Fabrication suisse de chez Shivaz. Un régal ! Allons-y !

Nous étions descendus à trois, encadrés par six gardes en armes et précédés du directeur, du sous-directeur, et de la secrétaire. Le clébard du directeur n’avait pas daigné assister à l’opération, dieu merci ou il y aurait eu trop de monde.

Le directeur s’arrêta devant une mahousse porte blindée, avec des têtes de rivets gros comme ceux dont on faisait les bateaux transatlantiques. Je me demandais si le mécanisme commandé par les boutons à numéros fonctionnerait après tant d’années.

Je sorti le code et m’appliquais. C’était bien de la qualité suisse, mes pères ! Impressionnant ! Les boutons tournaient comme s’ils avaient été graissés le matin même, en faisant clic clic. Ou clic clac. Ou clic clic clac. Je ne sais plus, j’étais tellement sous le coup de l’émotion. Et d’ailleurs est-ce bien important ? Je sais, dans un roman, il faut que le lecteur comprenne de quoi on parle. Mais clic clic ou clic clac, ça ne change rien à la qualité de mes descriptions, dignes de Flaubert, non ?

Quand le code fut composé, j’essayais de tirer la lourde porte vers moi, pour l’ouvrir. Peau de balle !  Pas moyen de la faire pivoter. Trop lourde pour mes petits bras, et pourtant je ne suis pas manchot. On dû s’y mettre à trois, en tirant de toutes nos forces.

En qualité de chef de mission, c’est mézigue en personne qui eut l’honneur de pénétrer le premier, chose que j’avais rarement fait avec une femme. Elles veulent nous faire croire que, si elles ne sont plus pucelles, c’est tout comme. Mais croyez moi, vous êtes rarement le premier à pénétrer la chose. En tous cas, le femmes ont très sincèrement le mythe du renouveau. Elles te rencontrent et, plouf, elles veulent te faire croire que t’es le premier qu’elle aime, que les autres c’était de la blague et que ça n’a pas compté, et qu’en tous cas elle ne lui a jamais donné son cœur et que son corps c’était du kif, ou presque. Je te dis ça comme si je prétends connaître les femmes. Eh bien je peux te dire que pas un homme ne les connaît et celui qui le prétend est un naïf, un inconscient et un prétentieux. C’est d’ailleurs parce que les femmes sont impossible à déchiffrer qu’elles nous attirent ainsi, pas vrai ?

Bref, je pénétrais dans la salle blindée. Devant moi, il y  avait trois tas d’or. Énormes. Trente tonnes, ça en fait des lingots. Comme c’étaient des kilo barres d’un kilo, t’auras vite fait le calcul même si tu ne te souviens plus de tes problèmes de robinets sur lesquels tu séchais à l’école. Trente mille lingots ! Il n’y avait qu’un hic, mais énorme. La boîte censée contenir des diamants était vide. Cinq mille carats ou à peu près ça ne s’évanouit pas comme ça. Quelqu’un était venu les subtiliser.

— Hé Kal, vises un peu, me dit Focu. Y’a un cahier qui est tombé entre les lingots.

— Dites monsieur le directeur. Il y a quelqu’un qui est venu visiter cette salle blindée récemment ?

— Je ne sais pas si je dois. Vous comprenez, le secret bancaire…

Je le convainquis aisément de tout dévoiler.

— Oui, trois personnes sont venues avant hier. Un homme et deux femmes.

— Vous étiez là lors de leur visite au coffre ?

— Non. C’était leur droit de refuser.

Le compte de ce qui devait se trouver dans la salle blindée juste était facile à vérifier, il y avait le cahier que Focu venait de découvrir. Je sentais que j’allais y découvrir quelque chose.

Je l’ouvrais. Bingo ! C’était la liste des personnes à qui l’officier allemand avait volé l’or. Tout y était. Les noms et prénoms, l’adresse et le nombre de lingots que chacun avait dû donner.

Tiens ! Il y avait aussi une liste d’objets d’art subtilisés aux mêmes personnes et, tenez-vous bien, la liste des collaborateurs Français de la Gestapo qui les avaient reçus en récompense de leur aide à l’occupant. Il y en avait trois.

Quand je dis qu’il y en avait trois, je ne veux pas dire qu’il n’y a eu que trois collaborateurs Français pendant la guerre. C’aurait été trop beau. Il y en a eu beaucoup plus hélas ! On passe ça sous silence aujourd’hui, car ça la foutrait mal si on claironnait que des Français avaient dénoncé, torturé et tué d’autres Français. Pourtant c’est la triste vérité.

Heureusement que des vrais Français avaient résisté, et ceux-là avaient à la fois contribué à éradiquer le nazisme et à laver l’honneur de la France. Je n’aime pas les médailles mais eux les avaient mérité plus que personne, et certains étaient morts dans des camps comme mon oncle Pierre pour avoir fait partie de la Résistance.

En tout cas, ces trois là allaient payer.

L’or récupéré, et étant mis temporairement sous la garde du gouvernement français représenté par votre commissaire préféré, nous avions attendu le convoi blindé, chargé l’or, et avions repris la route pour stocker les lingots à la banque Schisprouth, choisie par les héritiers. Le pacha m’avait demandé de passer dans son bureau pour lui remettre le cahier.

— Félicitations Jean, succès sur toute la ligne. Voyons ce cahier.

— Monsieur les diamants ont disparu.

— Quoi ! Comment est-ce possible ?

— Eh bien trois personnes sont venues il y a trois jours et possédaient les codes.

— Enquêtez Jean. C’est ennuyeux.

Il feuilleta attentivement le cahier, en fit prendre immédiatement une photocopie par sa secrétaire. Le Pacha était vieux et moche, mais il devait encore aimer admirer des belles miches. Sa secrétaire était mimi tout plein et elle ne ratait pas une occasion de me faire admirer ses cuisses. Je n’avais pas encore eu l’occasion de vérifier si elle allumait et éteignait aussi, ou si elle ne faisait qu’allumer.

Elle revint avec l’original du cahier, quelques minutes plus tard. Le vieux tourna les pages.

— Jean, il y a les coordonnées des trois collaborateurs. J’ai fait vérifier, ils sont encore en vie. Vous avez récupéré l’or et je vous demande de récupérer les objets dont la liste est sur ce cahier. Le juge a rédigé trois mandats de perquisition et trois mandats de saisie. Allez demain confisquer ces trésors. Je vous fait accompagner par une estafette de la gendarmerie. J’ai diligenté une enquête et les trois collaborateurs seront inculpés également. Ce cahier établit avec une parfaite certitude que ce sont ces trois monstres qui ont dénoncé les propriétaires de l’or et des diamants disparus et qu’ils ont été récompensés par ces objets d’art. N’ayez pas peur, vous et l’inspecteur Foculini, de les rudoyer un peu. Vous me comprenez Jean ?

  • Ñ Bien Monsieur, j’ai saisi. Et l’or ?

— Nous préparons une restitution, le temps de confirmer l’identité des ayant droits. D’ailleurs vous serez convié ainsi que votre équipe à la cérémonie de la restitution. Il y aura Monsieur le Ministre et l’ensemble des représentants de la Communauté Juive en France. J’espère d’ailleurs que vous retrouverez les diamants en temps et en heure, et dans leur intégralité.

J’avais prévenu Foculini et Laura, et nous étions parti de Paris en début de soirée pour arriver à Lille vers 21 heures. J’avais avec moi les noms et adresses des trois pourris qui avaient envoyé à la mort près de 97 malheureux pour leur extorquer leur or et leurs objets d’art. Je me faisais une joie de récupérer le prix de la trahison.

*

*    *

La camionnette de la gendarmerie vint nous chercher à 6 heures 30 le lendemain matin, devant l’hôtel Carlton de Lille. Nous aussi allions  réveiller ceux qui, des dizaines d’années plus tôt, avaient trahi leurs concitoyens et les avaient envoyés à une mort atroce, dans les camps.

Je précédais la camionnette avec ma voiture, à bord de laquelle Laura, Foculini et Durand avaient pris place. Objectif, obéir aux ordres du pacha et faire une expédition punitive.

Premier arrêt, un hôtel particulier du Vieux Lille. Le majordome vint nous ouvrir.

— Bonjour. Police Française. Nous avons un mandat de perquisition. Nous venons voir Monsieur Guilomerd.

  • Ñ Monsieur prend son bain.
  • Ñ Alors conduisez nous.

Flanqué de Durand et de mes deux inspecteurs,  j’entrais dans la chambre du sieur Guilomerd, prolongée de la salle de bain où il trempait dans sa baignoire.

— Qu’est-ce que c’est que ce foutoir ? Henri, qui sont ces personnes que vous venez de laisser pénétrer chez moi ?

— Laissez ce brave Henri. Police Française. Trois cadeaux pour vous ! Mandat de perquisition, mandat de saisie et mandat d’amener.

— Vous rigolez, je suis l’adjoint du Maire.

— J’aime rigoler, mais pas avec des gens comme vous. Et vous n’êtes plus pour longtemps l’adjoint de personne, je le crains. Votre passé vous a rattrapé. Ça arrive, et ça vous arrive à vous ce matin. Dites-moi, les pauvres gens que vous avez dénoncé, vous savez ce qu’ils sont devenus ?

— Mais de quoi vous parlez mon vieux ?

— Des Juifs que vous avez envoyé à la mort après leur avoir volé leurs biens.

— Balivernes !

Je lui montrais les preuves et il comprit que nier serait inutile, surtout que Foculini soufflait comme un phoque, comme il le faisait avant d’exploser de colère. Je ne voulais pas ajouter de la violence à cette scène pénible.

  • Ñ Qu’attendez vous de moi ?

— Que vous décrochiez vous-même ces tableaux qui sont sur vos murs et qui appartenaient à ces malheureux et que vous les mettiez vous-même dans la camionnette de gendarmerie qui est entrée dans la cour de votre luxueux hôtel particulier.

Il le fit, escorté de nous quatre. Au moment de repartir de son bureau, et avant de procéder à son arrestation, nous entendîmes une détonation.

Je montais à l’étage, d’où le bruit était venu. Guilomerd gisait par terre. Il s’était tiré une balle de pistolet dans la tempe. Il l’avait fait par peur et non par sens de l’honneur. Si ça avait été par honneur il l’aurait fait pendant la guerre, non ! Au moment où il aurait compris son infamie.

Une pourriture avait payé, il en restait deux autres.

Le deuxième délateur habitait une charmante propriété, sur le boulevard entre Lille et Tourcoing. Nous étions entrés par la grande allée, vers les 10 heures du matin.

Le vieux Marcel Vernat taillait ses rosiers, et prit connaissance des trois mandats à son encontre. Il était haineux :

— Le gouvernement actuel protège toute cette vermine.

— Monsieur, je ferai mine de ne pas comprendre de qui vous voulez parler, lui répondis-je. Sinon ça m’obligerait à vous casser la gueule et vous êtes un vieillard, une vielle merde déguelasse qui me fait vomir. Ça m’emmerderait de me salir les mains en touchant un détritus comme vous.

— Je l’ai fait par conviction, pas par intérêt.

— Alors c’est pire mon vieux, et je vous plains. En attendant vous allez restituer les objets et faire votre petite valise car vous allez dorénavant habiter dans un endroit plus adapté à ce que vous êtes, une sombre merde.

Pendant que le vieux s’exécutait, son fils arriva en voiture. La parfaite gueule de sale con, arrogant et sûr de la supériorité de sa culture. Un politicien d’extrême droite, c’était comme cela qu’il s’était présenté à nous, probablement pour nous impressionner. Avec des gens comme Foculini et moi, il avait ramé à contre sens. Un politicien ça nous fait déjà dégueuler, alors un politicien d’extrême droite…

Il était manifestement au courant du passé de son père, et partageait sa haine pour ceux que son père avait dénoncé. Alors qu’il la déversait sur nous, Foculini lui fila une raclée histoire de le calmer. La raclée fut méthodique, à coup de baffes des battoirs énormes de mon adjoint.

— Tiens connard. Prends ça dans le pif. Y’ faut t’éduquer et pour t’éduquer y’a rien d’tel que de t’mettre des baffes, et c’est ce que ton vieux y’aurait dû faire s’il n’avait pas été aussi con lui-même.

Focu avait fait ça sans haine, comme pour une action prophylactique destinée à soigner un malade.

— Ton père et toi, z’êtes des chancres, des merdes qui polluez l’pauvre monde. Hé, dis, c’t’à toi que je cause ! Tu peux essayer de t’défendre tu sais, ça m’fera plaisir de t’recoller deux ou trois aut’ parpaings.

Mais le mec n’en pouvait manifestement plus. Il resta assis sur le seuil de la maison, la tête entre les mains, tandis que nous emmenions son père vers une destination dont il ne reviendrait pas.

La troisième visite fut plus pénible et dura peu de temps. Le collabo avait apparemment été touché par le remords et sa tête n’avait pas supporté. Sa fille poussait sa chaise roulante et nous accueillit.

— Il y a quinze ans, papa avait laissé une enveloppe où il racontait toute l’histoire. Il avait tenté de se suicider mais avait été réanimé. C’est un légume depuis.  Les objets sont dans sa chambre.

Le vieux pleurait en nous regardant et en disant « pardon, pardon », en joignant ses mains. Malheureusement un mandat c’est un mandat, et ce n’était pas à moi de rendre la justice. Il serait jugé comme les autres, et on serait sûrement plus gentil avec lui que les nazis ne l’avaient été avec les Juifs.

Les objets d’art, intégralement récupérés, furent déposés dans la même banque que l’or. Cette affaire se terminait plutôt bien, avouez ! Du moins si j’arrivais à récupérer les diamants. Il y en avait pour une fortune. Le cahier nous avait révélé le nombre et leur catégorie. Cinq mille deux cent dix sept carats, dont les trois quarts étaient des blancs bleus, les plus recherchés !

15.

Les Russes avaient le code du dentiste Thérilo et ils avaient aussi le faux code du docteur, que Sonia avait remis à Volodia, suite à mon tour de passe-passe. Ils croyaient qu’il ne leur manquait plus que le code de l’ancien Maire. Il n’y avait plus aucun risque qu’ils récupèrent l’or puisqu’il était à l’abri sous notre contrôle, mais ils ne le savaient pas et je craignais qu’Échevin soit kidnappé. C’est pourquoi j’avais demandé à Laura de le réceptionner lors de sa descente d’avion.

Laura était donc allée à l’aéroport Charles de Gaulle pour accueillir Maurice Échevin. En vraie professionnelle, elle ne prit aucun risque de le manquer, car elle l’attendait à la sortie de l’avion, sur la passerelle de débarquement, et l’hôtesse de l’air avait passé une annonce pour le prévenir que quelqu’un l’attendrait là.

  • Ñ Monsieur Maurice Échevin ?
  • Ñ Oui Madame.

— Inspecteur Laura Verdier de la Police Française. Le commissaire Kaliski vous a prévenu que je serai là pour vous accueillir. Avez vous fait bon voyage ?

— Oui, merci. Je vous suis.

— Avez vous des bagages enregistrés ?

— Oui. J’ai deux valises.

— Allons les chercher à la livraison des bagages.

Ils attendaient devant le tapis de livraison des bagages. Les valises étaient en retard, comme souvent.

— Madame Verdier, veuillez m’excuser, un besoin pressant.

  • Ñ Je vous attend ici.

Laura attendit près de vingt minutes avant de s’inquiéter. Échevin ne revenait pas. Les recherches pour le retrouver furent vaines. Elle m’appela sur mon portable pour m’annoncer la nouvelle.

— Kal, Échevin a disparu. Je suis à Roissy.

— J’arrive avec Foculini. Reste sur place s’il te plaît.

*

*    *

Sitôt arrivé, je menais l’enquête. Les douaniers n’avaient pas vu passer Échevin. Il avait été donc été kidnappé aux toilettes, et avait été évacué au nez et à la barbe de la police. Qui aurait pu faire ça et surtout disposer d’un container où il avait été caché ?

Alors que je me posais la question je vis passer un employé en train de balayer et ramasser les déchets de toutes sortes que les gens déversent partout. Il poussait un chariot où se trouvait un énorme sac, assez grand pour transporter un homme replié sur lui-même.

Je fis convoquer ceux qui étaient en service au moment de l’arrivée de l’avion. L’un d’entre eux était russe.

— Focu, appelle les gars du labo et fais contrôler le chariot de ce gars-là.

Deux heures plus tard j’avais ma réponse. Il y avait du sang et assez de trace d’ADN pour condamner l’employé.

  • Ñ Alors ! Monsieur Biloutskaïeff ?
  • Ñ Oui Monsieur.

— Complicité d’enlèvement. Pour le moment car il risque d’y avoir mort d’homme. C’est les assises mon vieux.

— Mais j’ai famille, je rien fait.

— Inutile de nier.

— Ils dirent que je risque rien.

— Eux dirent ce qu’ils veulent mon gars, mais c’est toi qui est dans la merde. À moins que…

— Oui, je écoute vous très bon.

— Bon. Alors raconte.

— Je descendre avec personne kidnappée au parking. Là camionnette. Eux mettre lui dans l’arrière.

— Tu n’as rien remarqué de spécial ? Comment était la camionnette ?

— Dans camionnette un meuble très vieux et bronzes, et marqué sur extérieur « Antiquaires à Paris » avec nom russe.

— Balatieff ?

— Comment vous savoir ?

— Moi savoir, c’est tout. Allez, embarquez moi ce zozo.

Bon ! Les russes tenaient Échevin et celui-ci donnerait le faux code pour sauver ses miches.

Si bien que les ravisseurs de la mafia seraient persuadés d’avoir les codes au complet. Ils iraient à la banque suisse pour récupérer l’or et les diamants, ne sachant pas que ceux-ci avaient déjà été volés. J’y serais pour les accueillir.

*

*    *

Laura, Foculini et moi étions repartis en Suisse. Direction la banque. Le Pacha avait contacté le Ministre pour que ses services interviennent auprès des autorités suisses. Même le petit péteux directeur de la banque suisse n’avait qu’à s’exécuter et nous laisser carte blanche dans sa propre banque.

Laura, Foculini et moi nous ferions passer pour des employés de la banque, au moment où les russes viendraient réclamer le butin. L’inspecteur Cutilaz, de la police suisse, nous accompagnait.

Rien ne se passa au cours de la matinée. Sitôt après le déjeuner, deux individus se présentèrent à la réception de la banque.

— Bonjour mademoiselle. Nous venons pour avoir l’accès à un compte avec salle blindée.

  • Ñ Bien Messieurs, veuillez patienter je vous prie.

Elle fit mine de téléphoner, puis s’adressa aux deux visiteurs.

— Monsieur Foculaz vous attend dans la salle de réunion numéro trois. C’est au bout du couloir.

Ils s’y rendirent, et entrèrent. Un homme les attendait, assis de l’autre côté de la table de conférence. Un mastard de cent trente kilos, dans un costard deux pointures trop petit, avec une cravate qui sortait tout droit de la cantine où elle avait dû servir de serpillière.

— Allez, entrez mes braves. Vous gênez surtout pas. J’su le responsab’ des comptes dormants.

— Qu’entendez-vous par là ?

— Par là ? J’entends rien ! Vous entendez quèque chose, vous ? Si que vous m’disez que vous entendez par là, on pourrait vous exhiber dans un cirque, pas vrai ? Arrêtez de poser des questions à la con. J’su Môssieur Foculinaz.

— On nous avait dit Foculaz.

— C’est qu’on vous a enduit avec de l’erreur, sauf vot’ respect. Foculinaz c’est l’nom d’papa et c’t’aussi c’lui de moi-même. Bon ! Z’êtes pas v’nus m’causer de mon blaze je présume. Allez-y avec vot’question. Qu’est-ce que j’pu faire pour vous mes deux zigues ?

  • Ñ On demande l’accès à la salle des coffres.

— Z’auriez le numéro du compte auquel ce coffiot pourrait correspondre, des fois ?

  • Ñ Voilà !

Focu fit mine de vérifier le numéro du compte, tel que présenté.

— Y’a pas à chier, z’avez l’bon numéro. C’est comme au lotto, ça vous donne l’droit d’toucher la cagnotte. Aussitôt que vous décimerez vot’nom successif j’vous autorise à accéder au coffiot duquel le numéro y correspond.

— Alors nous allons décliner nos identités, dit Balatieff en insistant sur le mot « décliner ». Sergueï Balatieff, antiquaire à Paris, et Ivan Zagoulev, colonel en retraite et attaché militaire auprès de l’ambassade russe à paris.

— Bon ! C’est réglo, z’avez pas des blazes suisses, mais après tout c’est vot’droit. Y’en faut pour tous les goûts, pas vrai ? On va z’aller à la salle blindée. Z’avez j’présume les codes pour la combinaison vu qu’c’est indispensab’ et que même moi que j’su le responsab’ j’les z’ai pas.

— Oui, c’est noté ici. Mais vous faites bien partie de la banque monsieur Foculinaz ?

— Qu’est-ce qu’vous incinérez ? Ça fait à peine cinq minutes qu’on s’connait et vous m’réchauffez déjà mes deux oreilles.

— Nous n’insinuons rien. Nous voulons prendre possession de notre bien, c’est tout.

— Alors allons z’y gaiement, l’temps de s’faire accompagner par deux personnes acclimatées. Faut une acclimatation pour descendre aux coffiots, vous d’vez vous en douter. On n’entre pas ici comme dans un moulin, non mais des fois ! On est en Suisse, z’avez pas oublié, la patrie de Guillaume Teckel. C’gars-là y’avait un blaze comme une marque de clébard, mais c’était un famous héros, j’vous l’dit. Z’avez vu l’film où qui transperce une pomme posée sur la tronche de son propre fils ? Faut avoir des couilles au cul pour tenter un truc pareil, avouez ! En plus d’avoir du bol car, voyez, moi que j’vous parle, j’tire au pistolet et j’su un tireur des litres mais j’oserais pas l’faire avec ma Babette, même avec une citrouille. J’aurais trop peur de dézinguer la femme de ma vie.

— Tout cela est passionnant, certes, mais si cela ne vous dérange pas Monsieur Foculinaz, nous désirons faire vite, nous sommes pressés, un convoi nous attend dehors pour transporter le contenu du coffre .

— Ok. Y’a pas à tortiller du cul, on va accéder à vot’demande de s’magner l’train vu qu’moi z’aussi j’ai pas qu’ça à branler.

Focu était descendu dans les sous-sols. Laura, Cutilaz et moi l’avions rejoint.

Balatieff et Zagoulev sortirent leur document et essayèrent d’ouvrir la porte blindée, sans succès puisque c’était le mauvais code. Ils s’y reprirent trois fois, sans plus de résultat et pour cause, ces cons-là avaient deux codes faux sur les trois qu’ils auraient dû avoir.

Je pris la parole, car il était temps de les interviewer pour savoir où était Échevin.

— Pas de chance on dirait. Pas plus qu’avec vos tentatives de vous approprier les codes.

Balatieff prit la parole, sur un ton dédaigneux, où perçait quand même un peu de tension et d’appréhension.

  • Ñ Qu’est-ce à dire ?

— C’est à dire que vous êtes en état d’arrestation, pour les meurtres du docteur Gilland, du dentiste Marceau Thérilo, et pour le kidnapping de Monsieur Maurice Échevin. Je suis le commissaire Kaliski de la police judiciaire française, agissant pour le compte du gouvernement français, et voici l’inspecteur Foculini qui vous a accueilli.

Le colonel croyait s’en tirer à bon compte, comme tous ces diplomates protégés par leur statut.

— Désolé Monsieur, j’ai l’immunité diplomatique. Je vais devoir vous quitter.

— Elle est levée colonel. Après accord de votre gouvernement. Les faits dont vous êtes accusés sont trop graves.

Les deux prévenus furent transférés en France, après avoir révélé l’endroit où Échevin était retenu.

Le GIGN le délivra, après avoir livré bataille contre une équipe de la mafia qui le retenait. Il fut prévenu de rester sur paris, à la disposition de la justice.

Le colonel Zaguilev était l’officier russe qui, pendant la guerre, avait fait parler l’officier allemand en le gavant de pentothal, et qui avait voulu garder l’or et les diamants pour lui. Son gouvernement, aujourd’hui, allait le juger et l’exécuter pour avoir voulu voler l’État.

*

*    *

Le lendemain matin, je convoquais l’ancien maire, Maurice Échevin, dans mon bureau de la PJ. C’était le seul survivant parmi les trois détenteurs des codes, et il y avait bien quelqu’un qui avait mangé le morceau à ceux qui avaient visité la salle blindée et piqué les diamants. Échevin devait être l’un d’entre eux.

— Monsieur Échevin. Je suis heureux que nous ayons pu vous délivrer.

— Oui, merci monsieur le commissaire. On m’a dit que vous aviez procédé à l’arrestation des coupables de mon enlèvement et de ceux qui avaient commandité l’assassinat de mes amis et concitoyens, le docteur Gilland et le dentiste Marceau Thérilo.

— Oui. C’est ce qui vous a sauvé la vie, car ils ont dû avouer et nous donner le lieu où vous étiez retenu. Mais on n’a pu les arrêter que parce qu’ils sont venus chercher l’or en Suisse. Nous les y attendions et avons pu les prendre sans aucun problème.

— Au fait monsieur le commissaire, pourquoi cette convocation ?

— Eh bien il y a quelque chose de…comment dirais-je…gênant.

  • Ñ Ah oui ! Quoi ?

— La salle blindée a été visitée deux jours avant que nous y soyons allés nous-mêmes. Ce qui veut dire que quelqu’un a eu les vrais codes. Et une partie des trésors qu’elle contenait a disparu.

— Mais les russes n’ont eu que les faux codes, ceux que vous m’aviez donnés lors de votre visite au Québec.

— Oui, je sais. Mais quelqu’un d’autre les a obtenu et a forcément obtenu les vôtres, les vrais ceux-là, ou la copie de ceux qui étaient dans le fourreau de votre sabre. À qui avez-vous confié ces codes monsieur Échevin ?

— Je ne vois pas. À personne. Ah si, à ma femme mais elle est morte depuis dix ans.

— Avait elle quelqu’un dans sa vie à qui elle aurait pu faire ce genre de confidences ?

— Je vois ce que vous voulez dire. Non, elle n’avait pas d’amant. D’ailleurs elle n’aimait pas baiser, ce qui fait que j’ai cette maîtresse, Sylvie, depuis bien des années. Elle n’a pas son pareil pour s’occuper d’un homme celle-là, croyez-moi sur parole. Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, mais elle adore faire la brouette thaïlandaise. J’accepte volontiers de faire le jardinier, mais moi je suis plutôt à lui faire la sarbacane javanaise qui, comme vous devez le savoir, procure un orgasme qui part du haut vers le bas et non réciproquement.

Je n’avais pas besoin de le croire sur parole, puisque j’avais contribué à la formation amoureuse de la dénommée Sylvie alors qu’elle n’avait que quinze ans, et c’est vrai qu’elle adorait baiser.C’est dingue le nombre de femmes mariées qui n’aiment pas baiser. Elles prétendent qu’elles ont la migraine la plupart du temps ou alors elles annoncent carrément la nouvelle à leur mari, sans complexe. Les mêmes bonnes femmes sont surprises qu’on prenne des maîtresses qui, en général, ne leur arrivent pas à la cheville pour un tas d’autres choses. Mais elles, elles baisent. La vie est mal faite, croyez pas ?

— Bon, Monsieur Échevin, je ne vous retiens pas. Merci pour votre collaboration.

— Monsieur le commissaire, j’ai l’honneur de vous apprendre que j’ai demandé au conseil municipal de vous faire citoyen d’honneur, ainsi que votre adjoint l’inspecteur Foculini. La cérémonie aura lieu à la fin de cette enquête.

  • Ñ Je suis vraiment très honoré.

Sur ce le sieur Échevin quitta mon bureau.

C’est incroyable comment les gens marchent à la décoration, au titre, et à toutes ces conneries. J’allais être citoyen d’honneur de mon bled de naissance et je m’en balançais comme de ma première rage de dents. Je me dis quand même que ça aurait fait plaisir à mes parents. À papa qui était venu de Pologne à la fin de la guerre pour trimer dans une usine textile et faire presque autant d’heures supplémentaires que d’heures régulières, et à maman qui avait le complexe d’infériorité de sa classe sociale. Je jouerai le jeu pour eux, et j’irai chercher mon diplôme de citoyen d’honneur.

En attendant il me fallait retrouver ceux qui avaient piqué les diamants. Mais comment savoir à qui mémère Échevin avait confié le secret avant de clamser ?

Et puis à qui le dentiste Thérilo avait-il confié la copie de ses codes ? Ça n’avait pas de sens !

Et si le docteur avait lui aussi donné ses codes, cela ferait bien longtemps que la salle blindée aurait été vidée, y compris de son or.

Le mystère s’épaississait à vue d’œil, comme une mayonnaise sous le fouet de la ménagère.

Bon ! Je vous le concède, cette allégorie ne serait pas venue sous la plume de Flaubert, mais on a bien le droit d’écrire de façon moderne, à l’heure de la télévision couleur, de l’Internet et de l’ordinateur à 2 Gigaoctets de vitesse d’horloge.

Il y aura bien, hélas, un petit futé qui créera un jour un logiciel pour écrire les romans, et tout le monde écrira pareil. Ce sera la fin de la littérature, comme c’est déjà la fin des balloches du samedi soir, où on allait guincher au rythme de la musique jouée par un orchestre de musiciens en chair et en os. Maintenant il y a les disc jockeys et la musique techno. Ou alors ce n’est déjà plus à la mode, la techno. Vous m’excuserez, je ne suis pas ce genre d’actualité et je m’en contre branle, vu que j’aime la bonne musique. Parlez-moi des Beatles, ces génies qui ont révolutionné la musique populaire. Eux méritent leur succès.

Je pleure aussi le vrai cinéma, avec les grands acteurs qu’on avait, les Louis Jouvet, les Jean Gabin et Harry Baur. Sur deux films tournés à cette époque là il y avait un chef d’œuvre. Maintenant sur cent films il y a quatre vingt dix neufs navets, avec explosions, poursuites en bagnole, roquettes, et effets spéciaux. Quand le public en aura marre de toute cette merde, c’est à souhaiter qu’on reviendra à un vrai cinéma.

Je suis nostalgique de ce genre de choses. J’y peux rien, je suis comme ça !

16.

Bon ! On avait l’or, on avait mis sous verrou les coupables des meurtres des deux notables, on avait retrouvé Maurice Échevin. On avait même puni les trois délateurs et retrouvé les objets d’art avec lesquels ils avaient été payés.

On n’avait pas les diamants, mais je cherchais activement et avais des pistes. J’avais bon espoir, avec quelques idées sur la question, forcément, car j’ai du chou, faut-il vous le rappeler ? Pas comme vous, à qui il faut tout expliquer. Et encore il y a aussi parmi vous des sous-alimentés du bulbe qui ne comprennent pas, même en leur expliquant.

Bon, par exemple, comment ceux qui ont piqué les diams auraient-ils eu les codes du dentiste ?

Le gouvernement français était si pressé de se faire mousser que la cérémonie de la restitution de l’or et des objets d’art fut décidée pour après-demain. On me fit savoir qu’en haut lieu on s’en réjouissait et que c’était pour eux tout bénéf, car on espérait bien que je retrouve les diamants et l’on ferait alors un deuxième coup médiatique.

La cérémonie de restitution devait avoir lieu à Lille, dans les locaux de la Mairie. Le gouvernement ayant décidé de mettre en avant les services de sa police, Foculini, Laura et moi serions présentés, on nous interviewerait devant la radio et la télévision et on remettrait les lingots aux héritiers.

La veille, le président de la République fit une allocution télévisée. Son ministre allait se faire mousser, et il n’avait pas de raison, lui aussi, de ne pas en profiter. Quand on est politicien, les sondages ça compte plus que l’efficacité.

« Mes chers concitoyens. Il y a soixante ans, la guerre se terminait. Ceux qui l’ont connue se souviendront des terribles évènements qui menèrent certains de nos concitoyens vers les camps de la mort. Beaucoup furent dépouillés de tous leurs biens, et leurs héritiers spoliés. La Police française a retrouvé une quantité non négligeable d’or, n’est-ce pas, puisqu’il s’agit de trente tonnes de ce précieux métal. Les héritiers ont été identifiés avec certitude, et demain ils pourront enfin retrouver ce que leurs parents leur auraient légués. Cette restitution est plus qu’une marque de justice, c’est un symbole de notre unité nationale. Vive la République et vive la France ! »

Ce que le Président n’avait pas dit, bien sûr, c’était que le fisc, cette honorable institution qui veille à prélever chez les uns ce que les autres ne toucheront pas obligatoirement, avait racketté entre temps. Une moyenne de quarante pour cent, excusez du peu !

J’étais à Lille le lendemain, avec mon équipe. C’était au tour du Ministre de jouer du micro et je vous épargnerai son discours lamentable. Je trouve que les politiciens ont bien trop accès aux médias pour le peu qu’ils ont à dire, ce n’est pas pour leur faire la part belle dans un de mes bouquins.

Je fus interrogé par les médias, ainsi que Laura qui, je dois le dire, s’en tira fort bien. Cette gosse avait de la classe et du talent. Le Pacha, obligé de rester dans l’ombre pour des raisons de sécurité, assistait quand même incognito à la cérémonie et buvait les paroles de sa nièce.

Vint le tour de Foculini. Je redoutais ce moment, inutile de vous le dire.

Il fut invité sur un plateau avec des criminologues, pour discuter des techniques policières qui avaient été utilisées lors de l’enquête, et du profil psychologique des membres de la mafia russe.

— Mesdames messieurs, voici notre dernier plateau avant la restitution officielle, un grand moment à ne pas manquer. Et sur ce plateau l’inspecteur Focudini, une des vedettes de la soirée.

— Qu’est-c’est qu’ce sac ? J’su André Foculini. Y’est pas bien marqué sur votre papelard.

— Ah ! Alors inspecteur Foculini, parlez nous des moments clés de votre enquête.

— Bon ! Tout d’abord, Mesdames, Messieurs et Mesdemoiselles, car y’en a bien des gonzesses qui sont pas mariées pas vrai, même si elles ont déjà croqué à la pomme du paradis terrest’, et quand j’dis à la pomme je m’comprend. Les intéressées se r’connaîtront et bitteront illico de quoi qu’est-ce je parle. Tout d’abord, que j’disais, le mérite de l’enquête revient à mon chef, le commissaire Kaliski ici présent. Jean, où qu’t’es que j’te présente à mes potes qui écoutent mon électrocution ? Ah ! Le v’la. Pouvez pas le louper, c’est le beau brun qui ressemb’ à un chanteur de charme et qu’est en train de palucher une mignonne au premier rang.

Le reporter poursuivit.

— Bravo inspecteur. C’est tout à votre mérite d’être aussi modeste.

— Et puis aussi, faut dire que le Pacha, merde excusez, j’veux dire M’sieur le Directeur des Services, y’a aussi apporté sa pierre à les dix fesses. D’ailleurs des fesses y’en avait que six puisqu’on était trois avec Jean, moi-même que j’vous cause, et l’inspectrice Laura Verdier, qu’est si bien gaulée qu’elle pourrait damner un sein et même carrément une paire de loloches vu qu’elle a quand même les plus belles fesses de l’équipe. Excuse Kal, mais y’a pas photo, t’avouera. J’veux dire entre ton p’tit cul et c’lui de Laura. Moi j’su hors concours vu l’mahousse pétard que j’trimballe. J’y peux rien, c’est gériatrique, papa et maman y z’avaient le même et j’ai pris des deux.

— Eh bien, il est clair que votre hiérarchie a joué un rôle majeur. Et il ne fait aucun doute que l’inspectrice Laura Verdier est une charmante jeune femme.

— Absolutely, œuf course, j’en passe et des meilleures. J’confirme d’autant plus qu’j’ai une demande de rallonge sur le burlingue d’mon directeur depuis l’an dernier et que j’crois même qu’il l’a paumée vu qu’j’en entends plus parler. Avec c’t’enquête qu’on a mené topinambour battant j’compte bien avoir gain de chose.

— Oui. Mais passons à l’enquête si vous voulez bien.

— Alors Kal s’est chopé la chtouille vu qu’il a trempé son biscuit là où il fallait pas. Y’a assisté en direct au décès de son toubib et le lendemain même on lui flinguait son dentis’. Pas beau à voir, en passant. Égorgé comme un mouton pour un messie. Après j’me su fait kidnapper et Kal m’a délivré alors que j’me f’z’ais torturer par une russe sanguinaire qui m’en a fait voir de toutes les couleurs. C’était pas beau à voir, j’vous l’dis. On est aussi partis au Canada pour les besoins de l’enquête et j’peux donner l’adresse de « Chez Paré » pour les p’tits déguelasses qui voudraient voir des mignonnes z’a poil. Moi j’su pas z’allé, œuf corse. Petit conseil pour les ceusses qui devraient prendre l’avion, munissez vous de rations supplémentaires, y’a rien à grailler.

— Tout cela est passionnant et très hilarant. Quelques détails croustillants peut-être pour nos téléspectateurs ?

— Que nib ! Z’attendez pas à c’qu’on vous raconte des parties fines. D’ailleurs y’en a pas eu, et même sous la torture j’nierai. Ma Babette doit être à l’écoute. Elle est partie chez mon bof’ vu qu’il a un écran aussi plat que les miches de ma belle sœur. Z’avez pas honte de me poser des cochonneries pareilles, en direct à la télé ?

— Je ne parlais pas de cela, je faisais allusion à des détails cocasses.

— S’cusez que j’ai pris la mouche, alors oui y’a des moments fendants dans c’t’histoire. Par exemple j’ai marché dans une bouse de vache. Pourriez vous poser la question c’qu’une bouse fait au milieu d’une enquête, mais elle était bien là et j’me suis glissé avec sans que je susse éviter de me casser la tronche.

— Oui, c’est un détail truculent et fort inattendu. À quelle catégorie morpho-psychique pensez vous que les maffieux appartenaient ?

— J’bite rien à vot’question, j’su flic, pas docteur pour les foldingues. Mais si c’est une question sur les gars qu’on a dessoudés moi et Kal, j’peux vous dire qu’c’étaient des enfoirés de première, des pourris qu’j’en ai rarement vu depuis que j’su dans la maison poulaga.

— Dernière question, inspecteur, avant que vous n’alliez rejoindre vos collègues pour la restitution qui sera faite en mains propres. Comment voyez-vous maintenant votre avenir dans la police ?

— Pareil qu’avant. J’su bien où j’suis avec mon chef Jean Kaliski et ma nouvelle équipière Laura. Et la police c’est comme une seconde famille pour moi, vu que madame Foculini et moi même z’avons pas réussi à faire de marmots, et c’est pas qu’on aurait pas essayé.

Cette dernière réponse suscita un tonnerre d’applaudissements et valut sûrement à Focu le pardon du Pacha et du Ministre pour les conneries qu’il avait proférées.

La restitution eut lieu ensuite, comme prévu. Chaque héritier toucha son dû, remis en notre présence. Moi j’étais ailleurs dans ma tête. Je pensais aux diams.

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